Bien dormir en randonnée n’est pas un simple confort. C’est une condition de sécurité et de performance. Une nuit froide ou hachée fatigue l’organisme, augmente le risque de blessure, et transforme une sortie plaisir en expérience pénible dès le lendemain. À l’inverse, un bon sommeil permet une récupération musculaire correcte, une meilleure gestion de l’effort et un mental plus stable, surtout sur plusieurs jours.

Le duo qui fait la différence est simple : un duvet adapté à la température réelle et un matelas qui isole du sol. Beaucoup de randonneurs investissent d’abord dans le sac de couchage, alors que le froid vient souvent du dessous. Le choix doit donc se faire comme un système : duvet + matelas, avec une logique de chaleur, d’isolation, d’humidité et de poids.

Comprendre les températures d’un duvet : confort, limite, extrême

Sur une fiche produit, trois températures apparaissent généralement : confort, limite et extrême. Pour choisir, la valeur la plus utile est la température de confort. C’est celle qui correspond à une nuit “normale”, sans sensation de froid, pour une personne standard. La température limite indique plutôt une nuit possible, mais souvent dégradée (réveils, besoin de vêtements supplémentaires). La température extrême est une valeur de survie : elle ne doit pas servir d’argument de choix.

En pratique, il faut estimer la température minimale rencontrée la nuit sur l’itinéraire, puis ajouter une marge. Une vallée humide, un vent froid ou une fatigue importante peuvent faire ressentir plus bas que la météo annoncée. Pour une sortie estivale en plaine, un duvet confort autour de 8 à 10°C peut suffire. En moyenne montagne ou sur des nuits fraîches, un confort 0 à 5°C apporte une vraie tranquillité.

Duvet naturel ou synthétique : quel garnissage privilégier ?

Le choix du garnissage dépend surtout du rapport poids/chaleur, de la gestion de l’humidité et du budget.

Le duvet naturel (plumage)

Le duvet naturel est apprécié pour son excellent pouvoir isolant, son faible poids et sa bonne compressibilité. À chaleur équivalente, il est souvent plus compact qu’un modèle synthétique. C’est un avantage majeur en trek itinérant.

Son point faible est l’humidité. Un duvet mouillé perd une grande partie de son pouvoir gonflant. Certains traitements déperlants existent, mais ils ne remplacent pas une bonne gestion : sac étanche dans le sac à dos, aération au réveil, et vigilance dans une tente sujette à la condensation.

Le synthétique

Le synthétique est généralement plus abordable, conserve mieux sa capacité isolante lorsqu’il est humide et sèche plus vite. C’est un bon choix pour les randonnées en conditions humides, les débutants, ou les sorties où la robustesse prime sur l’ultra-léger.

En contrepartie, il est souvent plus volumineux et plus lourd à niveau de chaleur équivalent.

Les critères qui comptent vraiment sur un sac de couchage

Au-delà de la température et du garnissage, plusieurs détails impactent directement le confort :

  • La forme : un modèle sarcophage limite les entrées d’air et améliore la chaleur. Un modèle plus large est confortable mais moins performant.
  • La capuche : indispensable dès que les nuits rafraîchissent. La tête perd beaucoup de chaleur.
  • Le col thermique : très utile pour éviter les pertes au niveau du cou et des épaules.
  • Le zip et son rabat isolant : un zip sans rabat crée souvent un “pont froid”.
  • La taille : trop grand, le corps chauffe un volume d’air inutile. Trop petit, l’isolant se comprime et perd en efficacité.
  • Le drap de sac : intéressant pour l’hygiène et un léger gain thermique, surtout sur plusieurs jours.

Un point souvent négligé : les vêtements de nuit. Dormir avec des vêtements humides (même légèrement) refroidit vite. Une couche sèche dédiée à la nuit (haut thermique léger + chaussettes sèches) change la qualité de sommeil.

Le rôle du matelas : isolation du sol avant confort

Le matelas est souvent le maillon faible, alors qu’il gère un élément clé : l’isolation du sol. Le froid se transmet par conduction : même avec un duvet chaud, une grande partie de la chaleur s’échappe si le matelas n’isole pas assez.

La référence à regarder est le R-Value (valeur d’isolation). Plus elle est élevée, plus le matelas protège du froid. Sans entrer dans une logique trop technique, une règle pratique aide à choisir :

  • R faible (1 à 2) : conditions estivales douces.
  • R moyen (2 à 4) : usage 3 saisons, le plus polyvalent.
  • R élevé (4 et plus) : froid marqué, montagne, ou randonneurs très frileux.

Ce point est central : un duvet performant ne compense pas un matelas insuffisant.

Mousse, autogonflant, gonflable : les avantages et limites

Chaque technologie répond à un usage.

Matelas mousse

Simple, fiable, économique, aucun risque de crevaison. L’isolation est correcte pour un usage estival ou en complément. Le confort reste limité, et l’encombrement peut être important selon les modèles.

Matelas autogonflant

Bon compromis entre confort, robustesse et isolation. Il peut être un peu plus lourd qu’un gonflable, mais plaît pour sa stabilité et sa durabilité. Pour la randonnée régulière sans obsession du poids, c’est une option solide.

Matelas gonflable

Très bon niveau de confort et compactage excellent. En revanche, il demande plus de précautions : risque de crevaison, nécessité d’un kit de réparation, attention aux terrains agressifs. Les modèles bien isolés (R-Value plus élevé) sont excellents en 3 saisons si la protection du dessous est assurée (tapis de sol, patch de protection, choix du spot).

Comment assembler le bon “système sommeil” selon la pratique

La bonne méthode est de raisonner par scénarios :

  • Randonnée estivale en plaine : duvet confort 8-10°C + matelas R 1,5-2,5.
  • 3 saisons polyvalent : duvet confort 0-5°C + matelas R 2,5-4.
  • Nuits froides ou randonneur frileux : duvet confort autour de 0°C (ou moins) + matelas R 4+.

Le choix du poids dépend du style de sortie. Sur un week-end, quelques centaines de grammes en plus peuvent être acceptables pour un confort supérieur. En itinérance longue, la compacité et le poids deviennent critiques, et un duvet naturel prend souvent l’avantage.

Erreurs fréquentes qui ruinent une nuit (et comment les éviter)

Certaines erreurs reviennent souvent :

  1. Choisir un duvet en se basant sur la température limite plutôt que confort.
  2. Négliger le R-Value du matelas et croire que le duvet suffira.
  3. Se coucher avec des vêtements humides ou transpirants.
  4. Laisser le duvet toucher une paroi de tente humide (condensation).
  5. Stocker le duvet compressé en permanence : l’isolant perd du gonflant.

Deux gestes simples améliorent tout : aérer le duvet dès que possible le matin, et isoler le matelas du sol (choisir un bon emplacement, ajouter une protection si besoin).

Conclusion

Bien dormir en randonnée repose sur une logique claire : un duvet choisi sur la température de confort, et un matelas choisi sur son isolation (R-Value). Le garnissage (naturel ou synthétique) dépend ensuite du contexte : humidité, budget, poids et fréquence d’usage. En raisonnant en “système sommeil” plutôt qu’en achat isolé, les nuits deviennent plus chaudes, plus stables, et la randonnée redevient ce qu’elle doit être : une expérience agréable, même après une grosse journée.