Dans les rayons des magasins bio comme sur les sites de compléments, la maca se décline désormais en trois couleurs. La jaune serait polyvalente, la noire réservée aux hommes et aux sportifs, la rouge pensée pour les femmes. Ces raccourcis marketing contiennent une part de vérité, mais ils simplifient beaucoup ce que disent réellement les études. Avant de choisir, il est utile de comprendre d’où viennent ces différences, ce qui a été démontré chez l’humain et ce qui reste au stade de l’expérimentation animale.

Une seule plante, plusieurs phénotypes

La maca (Lepidium meyenii) est un tubercule de la famille des crucifères, cultivé depuis des millénaires sur les hauts plateaux des Andes péruviennes, entre 3 800 et 4 500 mètres d’altitude. Les couleurs jaune, rouge et noire ne correspondent pas à des espèces distinctes : il s’agit de phénotypes d’une même plante, qui poussent parfois dans le même champ à partir des mêmes semences. La jaune représente de loin la plus grande part des récoltes, la rouge et la noire étant plus rares et donc plus chères. Les variétés se distinguent surtout par leurs proportions de composés actifs, comme les glucosinolates, les macamides et certains polyphénols, et non par une composition radicalement différente. C’est ce qui explique que les trois partagent un socle commun de propriétés, avec des nuances que les chercheurs péruviens, en particulier l’équipe de Gustavo Gonzales à Lima, ont tenté de caractériser depuis le début des années 2000.

Le socle commun : énergie, libido et humeur

La plupart des essais cliniques sur l’humain ont été réalisés avec de la maca jaune ou avec un mélange de variétés. Un essai randomisé publié dans Andrologia en 2002 a donné 1,5 ou 3 g de maca par jour à des hommes adultes pendant douze semaines : le désir sexuel a augmenté face au placebo dès la huitième semaine. Les auteurs ont vérifié que la testostérone et l’oestradiol sanguins ne bougeaient pas, ce qui montre que la maca agit sur le désir sans modifier les hormones. Chez les femmes ménopausées, un essai publié dans la revue Menopause en 2008 a observé une réduction de l’anxiété, de la déprime et des troubles de la sexualité avec 3,5 g par jour pendant six semaines, là encore sans lien avec les taux d’oestrogènes ou d’androgènes. Une étude pilote menée auprès de cyclistes et publiée en 2009 a aussi relevé une amélioration du temps sur 40 km après deux semaines de supplémentation. Ces résultats valent pour la maca en général, quelle que soit la couleur choisie.

La maca rouge : prostate, os et bien-être féminin

La maca rouge est la variété qui présente le profil le plus singulier dans les travaux expérimentaux. Une étude publiée en 2005 dans Reproductive Biology and Endocrinology a montré qu’un extrait de maca rouge réduisait la taille de la prostate chez des rats dont l’hypertrophie avait été induite, alors que la jaune et la noire n’avaient pas cet effet. D’autres travaux de la même équipe, menés sur des rates ovariectomisées, un modèle animal de ménopause, ont observé une meilleure préservation de la structure osseuse avec les variétés rouge et noire. C’est sur ces données que repose la réputation de la maca rouge comme la variété de l’équilibre hormonal féminin et du confort prostatique, mais il s’agit encore de résultats obtenus chez l’animal. Sa saveur plus douce, légèrement sucrée, la rend aussi plus agréable à consommer en poudre. Pour approfondir le sujet et retrouver les études détaillées, ce dossier consacré à la maca rouge fait le point sur ses usages, ses doses et ses précautions.

La maca noire : fertilité masculine et mémoire

La maca noire est la plus rare des trois. Dans les modèles animaux, c’est elle qui a montré les effets les plus marqués sur la production de spermatozoïdes et sur la mémoire, ce qui lui vaut son image de variété masculine et cognitive. Chez l’humain, plusieurs petites études ont observé une amélioration des paramètres du sperme avec la maca, sans modification des hormones sériques, mais elles portaient le plus souvent sur un mélange de couleurs. Pour un homme qui vise surtout la fertilité ou la performance physique, la noire constitue un choix cohérent avec la littérature animale, sans garantie d’un avantage net sur la jaune.

La maca jaune : la plus étudiée chez l’humain

La maca jaune a l’avantage d’être la plus accessible et la mieux représentée dans les essais cliniques. Pour un objectif général de vitalité, de libido ou de soutien face à la fatigue, elle reste un point de départ tout à fait valable. Choisir une couleur plus rare ne garantit pas de meilleurs résultats si l’objectif n’est pas spécifique.

Comment bien choisir et bien consommer

Le choix se résume assez simplement. Pour un usage général, la jaune suffit. Pour un objectif lié à la ménopause, au confort hormonal féminin ou à la prostate, la rouge dispose des arguments expérimentaux les plus solides. Pour la fertilité masculine ou la performance, la noire présente une logique cohérente. Au-delà de la couleur, la forme compte : la maca gélatinisée, chauffée pour retirer une partie de l’amidon, se digère mieux que la poudre crue. Les doses étudiées se situent entre 1,5 et 3,5 g de racine par jour, ou l’équivalent en extrait concentré, pendant au moins six à huit semaines. La maca est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement. En raison de sa teneur en glucosinolates, les personnes atteintes d’un trouble thyroïdien ou d’une pathologie hormono-dépendante doivent en parler à leur médecin avant toute cure.

En résumé

Les trois couleurs de maca partagent des effets documentés sur le désir sexuel, l’humeur et l’énergie, obtenus sans modification hormonale. Les différences entre variétés reposent surtout sur des études animales : la rouge pour la prostate, les os et le bien-être féminin, la noire pour la fertilité et la mémoire. Le choix doit donc partir de l’objectif, avec des attentes réalistes et une cure suffisamment longue pour juger.

Sources

• Gonzales G.F. Ethnobiology and ethnopharmacology of Lepidium meyenii (Maca), a plant from the Peruvian highlands. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2012.

• Gonzales G.F. et al. Effect of Lepidium meyenii (Maca) on sexual desire and its absent relationship with serum testosterone levels in adult healthy men. Andrologia, 2002;34(6):367-372.

• Brooks N.A. et al. Beneficial effects of Lepidium meyenii (Maca) on psychological symptoms and measures of sexual dysfunction in postmenopausal women are not related to estrogen or androgen content. Menopause, 2008;15(6):1157-1162.

• Stone M. et al. A pilot investigation into the effect of maca supplementation on physical activity and sexual desire in sportsmen. Journal of Ethnopharmacology, 2009;126(3):574-576.

• Gonzales G.F. et al. Red maca (Lepidium meyenii) reduced prostate size in rats. Reproductive Biology and Endocrinology, 2005;3:5.

• Gonzales C. et al. Effect of different varieties of Maca (Lepidium meyenii) on bone structure in ovariectomized rats. Forschende Komplementärmedizin, 2010;17(3):137-143.